P14 – Les souterrains de Montemart
Lors de nos sorties marches à Malemort, le jour de la galette des rois ou le jour de l’assemblée générale de l’association ou bien encore lors de sorties découverte du patrimoine communal, il nous arrive de passer devant des bouches d’entrée des anciens souterrains du château de Beaufort à Montemart.
En haut ou en bas du vieux bourg, elles sont obstruées ou servent de frais celliers à leur propriétaire.
En tout cas ces souterrains ont existé c’est certain, mais seuls les historiens ont pu accéder aux plans ; souhaitons (en rêvant bien évidemment) qu’ils soient un jour remis en état au moins partiellement pour pouvoir les visiter.
Les documents ci-dessous montrent que cette préoccupation ne date pas d’aujourd’hui !!!
Serge Baussian – les Amis de Malemort – Novembre 2025
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On trouvera ci-dessous le texte d’une lettre adressée en 1900 par M. Philibert Lalande à M. Roche, Président de la Société archéologique de la Corrèze, dans laquelle il lui signale que les souterrains du « château de Malemort » ne peuvent plus être visités, leur entrée ayant été « obstruée de détritus ».
Philibert Lalande, l’auteur de cette lettre, était un érudit local qui, entre autres recherches, avait procédé, en compagnie d’Elie Massénat, aux fouilles archéologiques qui permirent la découverte des amphores romaines de Roumégoux (Cf. Malemort gallo-romaine – Histoire et Histoires de Malemort 1998 – P.6/7). Mais il s’intéressait aussi à la préhistoire (Cf. Malemort aux temps préhistoriques – Histoire et Histoires de Malemort 1995 – p. 10) ainsi que, comme le montre le texte ci-dessous, au moyen-Age.
Nous ne pouvons que partager les regrets exprimés dans cette lettre, il y a plus d’un siècle, par Philibert Lalande, sur la disparition progressive « des monuments qui se rattachent à notre histoire locale », en particulier le site de Montemart, et souhaiter à nouveau la protection et la restauration de ce haut-lieu de l’histoire malemortoise.
Comme l’état de la lettre de Philibert Lalande en rend la lecture difficile, nous ne reproduisons ci-contre que le fac-simile de sa première page.
Les Amis de Malemort – XXXX
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BRIVE, le 17 octobre 1900.
Cher Monsieur Roche,
Sachant tout l’intérêt que vous portez aux souvenirs du passé, je crois bien agir en vous signalant la disparition par comblement des souterrains situés sous les ruines du château de Malemort.
J’avais proposé hier à une personne étrangère à Brive une promenade à Malemort et la visite du souterrain figurait dans le programme. Jugez de mon désappointement lorsque arrivant au trou par lequel on pouvait pénétrer en empruntant une petite échelle, je trouvai la cavité complètement obstruée de détritus permettant à peine d’entrevoir le sommet maçonné de la voûte !
Un jeune paysan que je questionnai me montra une grange neuve très voisine du trou et il ajouta, en souriant de ce sourire des gens contents d’eux quand ils ont fait une sottise, qu’on s’était débarrassé des débris de l’ancienne grange en les jetant dans le souterrain.
Un croquis et un plan de ces souterrains se trouvent dans un bel ouvrage in 4° sur « Les Hospitaliers de St Jean de Jérusalem en Guyenne » par feu mon cousin Henri de Marquessac, dont peuvent encore se souvenir quelques anciens élèves de nos deux établissements. Ces dessins accompagnent une notice sur la maison de Malemort intercalée dans l’ouvrage précité, parce qu’un membre de cette famille, Hélie de Malemort, devint en 1187 archevêque de Bordeaux.(1)
Parmi les nombreuses eaux-fortes qui illustraient l’ouvrage de mon cousin, figurent deux vues des ruines du donjon (pl. 3) et une vue générale de Malemort (pl. 4)
J’étais avec M. de Marquessac lorsqu’en janvier 1863, il prit les croquis au moyen desquels il devait exécuter ses eaux-fortes et leva le plan des souterrains où je descendais alors pour la première fois.
Je transcrirais volontiers ici la description de ces souterrains que personne désormais ne visitera plus (2); mais la reproduction du plan est indispensable. Tout ce que je puis dire sans son secours, c’est qu’au XIII siècle, on avait fait voûter en ogive une partie du souterrain, presque entièrement creusé de main d’homme et se composant de sept galeries ayant pour point de départ une salle centrale. La figure 3 dans le texte (p. 19) est le plan de l’hypogée, la figure 4 (p.20) « représente l’entrée des voûtes souterraines de Malemort. On voit au second plan l’échelle dont se servent les touristes pour visiter ces demeures obscures. La visite faite, le silence reprend son empire sous ces voûtes séculaires et l’honnête paysan, gardien de bien des légendes lugubres, roule une énorme pierre sur l’ouverture bordant le chemin, pour empêcher les enfants et les bestiaux de tomber dans ces excavations. »
L’ouvrage dont j’extrais ces textes a été édité à Bordeaux (Typographie Vve Justin Dupuy, rue Gouvion) en 1866. Trois ans plus tard, mon bon et cher cousin Henri rendait son âme à Dieu (3)
La courte description qui précède suffira, cher Monsieur, pour édifier les lecteurs de votre estimable journal sur l’intérêt que présentaient les souterrains de Malemort. N’est-il pas regrettable de voir disparaître un à un les monuments qui se rattachaient à notre histoire locale, dont bon nombre de personnes, au surplus, se soucient peu ?
Agréez, je vous prie, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Ph. LALANDE
- Dans un article publié dans cette revue (Montemart ou les riches heures de Malemort au Moyen-Age. H. et H de M. 1997. P.5/7). nous avions mentionné les recherches effectuées en 1863 par H. de Marquessac dans les souterrains de Montemart. Nous avions même reproduit le plan qu’il en avait fait. (N.D.L.R.)
- En fait, comme nous l’avons signalé dans l’article cité dans la note 1, des fouilles ont à nouveau été effectuées en 1973 dans les souterrains du château, sous la direction de Mme Guély, historienne briviste. Les résultats de ces fouilles ont été publiées par elle dans le Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze (Tome 95. 1973)
- Dans l’article cité dans la note 1. (H. et H. de M. 1997), nous avions mentionné l’ouvrage auquel se réfère ici Ph. Lalande et dans lequel avait paru l’article de Marquessac, en signalant qu’il peut être consulté à la Société archéologique, rue du Dr Massénat à Brive. Certaines des illustrations que cite ici Ph. Lalande sont reproduites dans le livre de I ‘abbé Célérier, Histoire de la paroisse St Santin et de la commune de Malemort (1923)
